Pierre Tripier est venu à la sociologie par la recherche, titulaire d’une licence de statistique, il crée un département de statistique de la clientèle pour une entreprise moyenne d’encres d’imprimerie (1957-1961), puis décide de retourner à l’Université et suivre une licence de Sociologie et un diplôme de l’IEDES. (Institut d’études du Développement Economique et Social) (1963-1964). Il suit un certain nombre d’enseignements d’initiation à la recherche sociologique dans ce qui était la Sixième section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes , aujourd’hui EHESS.(1965) et commence pour Alain Touraine une recherche sur les Contremaîtres des Usines Renault (1967). Nommé assistant à l’Université de Nanterre en 1967, il devient maître-assistant en 1973 et, sa Thèse d’Etat soutenue part comme Professeur à l’Université de Besançon. En 1985. Les recherches qui constituèrent le socle empirique de cette thèse portaient sur les marchés du travail, celui des cadres, des scientifiques,des employés de banque, des travailleurs ambulants (routiers, cheminots, marins à long cours . etc.), et des artisans. Cherchant un modèle interprétatif qui permette de rapprocher les destins professionnels et familiaux de ces différentes professions, il se passionne pour les énoncés de Hughes et de ce que l’on appelle, en Sociologie, la deuxième école de Chicago : étude des carrières et des argumentations professionnelles, utilisation de l’histoire de vie , complétée par des statistiques écologiques et des données historiques. Sa thèse d’Etat fut publiée en 1981 par les éditions de l’Université Libre de Bruxelles sous le titre de Du Travail à l’emploi, paradigmes, idologies et interactions.
Entre 1985 et 1989 , Professeur à l’Université de Besançon, il crée un laboratoire de recherche appliquée et une SARL de recherche. Il contribue à la création , par Pierre Maillard et Jean-Claude Watrin, de l’IRDQ. (Institut de Recherche sur le Développement de la Qualité) dont il sera vice-président pendant vingt ans.
En 1989, de retour à l’Université de Paris X, Nanterre, il crée un DESS de gestion du développement urbain avec Philippe Casella et l’économiste François Eymard-Duvernay.
En 1991 il part organiser le Département de Sciences Sociales dans la nouvelle Université de Versailles-Saint Quentin-en-Yvelines. Il participe à la création du laboratoire Printemps (Professions, institutions, temporalités) et anime un groupe de recherche sur l’impact des outils de gestion sur les organisations ainsi que sur la carrière de ceux qui en sont membres.
Ce groupe de recherche publie un ouvrage et des articles sur ce thème, à partir d’enquêtes sur les services et sur des entreprises industrielles. L’ouvrage, coordonné par Salvatore Maugeri, a pour titre Délit de gestion, aux éditions La Dispute, en 2001.
Dès 1991 il conçoit et fait naître, avec Pierre Rivard et Martine Morel, un DESS (aujourd’hui Mastère) sur l’accompagnement de la dynamique de changement des organisations.
Le groupe de recherche sur les outils de gestion se transforme en groupe de sociologie appliquée aux problèmes de gestion. Une quinzaine de cas empiriques distincts sont analysés par ce groupe entre 1997 et 2001 et donnent naissance à un ouvrage collectif, coordonné par P.T, Delphine Mercier et Valérie Boussard : L’ Aveuglement organisationnel ou comment lutter contre les malentendus, paru aux éditions du CNRS en 2004. Ce livre explore la façon dont les organisations, utilisant les moyens les plus exhaustivement rationnels, comme la cartographie de processus et leur reconfiguration, crée en même temps des parts d’ombre, des lignes de fuite, qui échappent aux directions et notamment à leur niveau « corporate », mais sont souvent résolus à des niveaux de responsabilité inférieurs, sans que le sommet en soit conscient.
Pierre Tripier a aussi publié sur sa discipline, la sociologie, et en particulier Sociologie des Professions, Armand Colin, 1998 et 2005 (avec Claude Dubar ) et Les Fondements de la Sociologie, Nathan Université, 2000 (avec Bruno Péquignot).