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	<title>Pierre Tripier's Weblog</title>
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		<title>Pierre Tripier's Weblog</title>
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		<item>
		<title>Grammaire d&#8217;actions, retour d&#8217;experiences et art de résoudre les problèmes</title>
		<link>http://pierretripier.wordpress.com/2007/09/19/grammaire-dactions-retour-dexperiences-et-art-de-resoudre-les-problemes/</link>
		<comments>http://pierretripier.wordpress.com/2007/09/19/grammaire-dactions-retour-dexperiences-et-art-de-resoudre-les-problemes/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 19 Sep 2007 19:48:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>pierretripier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Download the original attachment 5 XII 2006 Cet article est celui d’un sociologue ayant l’impression que la science qu’il a essayé d’enseigner et de pratiquer pendant quarante ans est orpheline, que cette science s’est coupée de l’expérience des consultants qui agissent ici et maintenant dans les entreprises, les administrations et les associations en utilisant ses [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=pierretripier.wordpress.com&amp;blog=1751891&amp;post=7&amp;subd=pierretripier&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="hide"><a href="http://mail.google.com/mail/?attid=0.2&amp;disp=attd&amp;view=att&amp;th=115034ef75963a82">Download the original attachment</a></p>
<p align="right">    <font face="Times New Roman" size="3">5  XII 2006 </font></p>
<p align="justify">  <font face="Times New Roman" size="3">Cet  article est celui d’un socio</font><font face="Times New Roman" size="3">logue ayant l’impression  que la science qu’il a essayé d’enseigner et de pratiquer pendant  quarante ans est orpheline, que cette science s’est coupée de l’expérience  des consultants qui agissent ici et maintenant dans les entreprises,  les administrations et les associations en utilisant ses méthodes et  sa conceptualisation. Or cette attitude empêche la sociologie de bénéficier,  pour ses analyses, de ce moment privilégié où, devant agir, le responsable  juge de la situation et agit en conséquence.  L’existence d’un  séminaire, périodique et itinérant sur <em>Arts de la guerre et interprétation  de la vie civile</em>, réunissant des officiers supérieurs, des responsables  économiques, des consultants, des chercheurs et des universitaires <strong> </strong> permet de poser ce problème récurrent sous un angle qui est peut-être  différent. </font></p>
<p><span id="more-7"></span></p>
<p align="justify">  <font face="Times New Roman" size="3">Le  but de cette contribution particulère aux relations entre art de la  guerre et activités civiles, est de mettre en avant un terme déjà  utilisé par Clausewitz, celui de grammaire<sup>2</sup>. Grammaire d’interprétation  de la situation et grammaire d’action. A partir de deux cas , décortiqués  par un psycho-sociologue et un spécialiste de la tactique, nous justifierons  l’usage de ce terme de grammaire et nous nous intéresserons à son  utilisation, à nos yeux souhaitable, par la sociologie. En effet si  celle-ci veut devenir une science comme les autres elle devrait ne pas  se contenter de constats ex-post mais devrait s’ouvrir, encore faudrait-il  définir comment, à la futurologie et au conseil aux princes. </font></p>
<p>  <font face="Times New Roman" size="3"><strong>Deux exemples : </strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le 5 Août 1949,  une équipe de 15 parachutistes du feu saute sur un incendie de forêt  dans le Montana. Les officiers qui les avaient envoyé supputaient qu’ils  viendraient au bout du feu en moins de quatre heures ; Mais deux heures  plus tard dix d’entre eux étaient morts. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Que s’est-il  passé ce jour là à Mann Gultch ? Le romancier et universitaire Norman  Maclean se rendit sur les lieux du drame alors que le feu brûlait encore.  Il s’entretint avec les survivants, consulta les archives judiciaires  et d’autres responsables des pompiers. Il en tira, quatorze ans plus  tard, un récit romancé, traduit en français sous le titre (bateau)  de La Part du feu<sup>3</sup>. En 1993, soit trente ans plus tard, un  psycho-sociologue, Karl Weick publia, à partir du roman de Maclean,   une analyse de ce drame<sup>4</sup>. Sans entrer dans le magistral décorticage  des évènements et de leurs causes proche et  lointaine effectué  par Weick, nous pourrons avoir, dans les conclusions de son article,  une première vue de ce que sont les relations entre retour d’expérience  et art de résoudre les problèmes en suivant des grammaires d’interprétation  et d’action. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Nous comparerons  cette grammaire à celle mise en oeuvre par un officier supérieur,  le Colonel de Saqui de Sannes, à Mogadiscio, cette même année 1993.  Il commandait un détachement français quand les troupes de l’Onusom,  sous mandat des Nations Unies,  cherchaient à débarrasser la capitale  de Somalie des chefs de guerre qui  se battaient pour son contrôle.  Deux jours après qu’une embuscade ait tué 24  soldats pakistanais,  le commandement demanda à l’officier français de venir en aide à  un contingent marocain accroché par les forces du Général somalien  Aided. <sup>5</sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Nous tirerons de  ces deux cas une réflexion sur les grammaires d’action en général  et leur existence comme des prolongements, possibles et très riches  en enseignements, de certaines sciences humaines et sociales.</font><br />
<font face="Times New Roman" size="3"><strong>I Exemples</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Mann Gulch</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Que s’est-il  donc passé dans le ravin Mann d’une forêt du Montana le 5 Août  1949 ? En étudiant les faits rapportés par Norman Maclean après enquête  dans son  roman, Weick conclut à différents points qui, étant  défectueux, servent de retour d’expérience et peuvent être relativement  généralisés : </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Hasard</strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Il y eut un hasard    malheureux. : le parachute qui contenait  l’appareil de radio    qui devait relier le peloton de pompiers à sa base ne s’est pas ouvert    et le poste se fracassa au sol. Désormais le peloton ne pouvait plus    communiquer avec le monde extérieur.</font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Cadrage, interprétation  de la situation.  </strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Les cadrages étaient    défectueux. D’avion, le copilote, un vieux de la vieille avec beaucoup    d’expérience  avait affirmé que ce serait un travail facile :    l’équipe devait venir à bout de l’incendie en quatre heures. Mais    il était cinq heures du matin et le mois d’août 1949 avait été    un des plus chauds depuis longtemps. Peu de temps après l’atterrissage    des pompiers, le vent, jusque là calme, se lève  et les obstacles    au développement du feu : une route, une rivière, ne sont plus efficaces    à cause de la force du vent.. On voit bien comment le cadrage de la    scène par quelqu’un qui a l’habitude mais trop tôt et trop loin,    peut être erroné. Mais, dans la conscience des acteurs, ce cadrage    de la scène était fermement installé. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Ce cadrage défectueux    avait conduit, dans un premier temps, le responsable du peloton de pompiers,    Dodge, à vouloir entourer l’incendie et l’attaquer de façon dispersée    et convergente sur le ravin, donc à placer ses hommes en éventail    au dessus du ravin en f eu et avancer vers celui-ci. Cependant, lorsqu’il    vit que l’incendie se répandait au dessus de son peloton, il prit    peur et se dit qu’il fallait créer une voie de dégagement. Or celle-ci     se fait grâce à un contre-feu, c’est-à-dire un feu circonscrit,    qui, une fois éteint, permet de se dégager en cas de catastrophe.    Lorsqu’il se rendit compte de son erreur tactique, Dodge, le contremaître    avança vers le ravin en mettant le feu à ce qui devait être la voie    de dégagement. Il ordonna à ses hommes de venir le rejoindre et à    se coucher sur le sol encore brûlant dans la voie de dégagement ainsi    constituée. Mais comme cette voie de dégagement les rapprochait du    ravin en feu, les pompiers, plutôt que d’obéir à un ordre qui leur    paraissait absurde préférèrent au contraire s’éloigner du ravin. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Ruine de l’identité professionnelle</strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Le commandant en    second, comprenant la réaction de ses hommes, qui, pour sauver leur    vie, cherchaient à fuir en escaladant la montagne qui bordait le ravin,    voyant qu’ils avaient des difficultés à escalader celle-ci leur    cria de se débarrasser de leurs instruments de lutte contre l’incendie,    de les jeter par terre  et , ainsi allégés s’éloigner au plus    vite vers les sommets des collines encore indemnes.  </font>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Ici encore le cadrage      des acteurs et de leur subjectivité, c&#8217;est-à-dire leur définition      d’eux-mêmes et du rôle qu’ils avaient à jouer, fut inadéquat.      En effet, qu’est-ce qu’un pompier sans ses outils pour lutter contre      le feu ? Un tel ordre, non préparé d’avance, était à proprement      inaudible. Il contrevenait tous les apprentissages que les jeunes pompiers-parachutistes      avaient subis. Ils n’avaient aucune expérience de se trouver isolés      devant le feu à devoir sauver leur vie plutôt qu’à combattre l’incendie      (les seuls épisodes antérieurs du même type, ils les avaient vécus      ensemble , en groupe)  donc cet ordre ne fut pas suivi. Les pompiers      continuèrent à escalader la colline, lourdement chargés, de pelles      ou de haches et surtout du « pudalski » et, vite rattrapés par les      flammes, treize d’entre eux périrent rapidement. </font></li>
</ul>
</li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Cependant deux restèrent    groupés ensemble. Ils trouvèrent une anfractuosité du rocher dans    laquelle ils purent se réfugier. Ils survécurent. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Commandement, explicite  et implicite</strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Revenant en arrière,    plusieurs petits incidents vinrent perturber une saine vision des dangers    qui allaient attendre le peloton de pompiers-parachutistes : </font>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Le chef de peloton      et son second, à peine débarqués, « cassent la croûte » et envoyèrent      leurs subordonnés se répandre autour du ravin sans ordre précis.      Ceux-ci en conclurent que le feu était peu dangereux, renforçant ainsi,      par des gestes quotidiens le cadrage défectueux de la scène ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Alors que le feu      dans le ravin semblait s’intensifier, un des seuls membres du peloton      avec quelqu’expérience prenait des photographies du site, renforçant      la certitude première, sur le caractère peu dangereux de l’incendie. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Enfin, dans l’avion      qui les conduisait sur le site de l’incendie, le bruit était tel      que toute communication pour préparer le peloton à l’action était      inaudible. Les parachutistes atterrirent sans consignes claires et,      après que leur chef ait ordonné de le suivre dans le contre-feu, ils      se trouvèrent seuls, isolés, devant se débrouiller dans une situation      dont ils n’avaient pas l’expérience. </font></li>
</ul>
</li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Karl Weick insiste sur le fait  que la panique s’installe dès que disparaît le sens (l’apport de  Weick aux sciences sociales porte surtout sur la façon dont on donne  sens à l’action dans les organisations, et son livre le plus renommé  a pour titre : <em>Sensemaking in Organizations</em><sup>6</sup>)</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Perte de sens pour les acteurs</strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">A Mann Gulch, le    sens se dissipa vite, faute de préparation préalable et de communication    entre les différents protagonistes : par exemple, d’habitude le chef    de peloton va devant sa troupe pour lui monter le chemin à suivre et    lui donner des indications, mais celles-ci doivent être un peu argumentées,    accompagnées de quelques éclaircissements. Quand les pompiers ont    vu leur chef Dodge se retourner, aller vers le haut et commencer à    incendier un passage tout en criant à ses hommes de se coucher ou de    le suivre, cette volte-face et cette injonction  à deux alternatives    laissa les pompiers dans le désarroi. D’autant plus que le second,    dont le rôle est normalement de faire comprendre les ordres du chef    de peloton, au lieu de redoubler l’ordre de Dodge, enjoint les pompiers    à abandonner leurs outils et à fuir comme de vulgaires touristes pris    dans un feu. C’était leur définition de soi qui, alors, volait en    éclat, ajoutant à la confusion des ordres inexpliqués. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Or, nous dit Weick,  quand quelqu’un a perdu le sens de l’action collective, qu’il  se trouve réduit à n’être qu’une individualité, il régresse  vers les modes les plus habituels de réponse aux problèmes, ici la  fuite.  </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Commandement  d’un système</strong></font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Le cas des deux    pompiers qui ne sont pas morts est aussi expliqué : la panique est d’autant    plus forte que l’on se trouve isolé face au danger. Le fait d’être    restés ensemble, d’avoir constitué, même minuscule, un système,    leur a permis de résister.</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Ainsi, si l’on    somme le cadrage cognitif préalable, les dispositions des acteurs sur    le terrain, le type de leadership et le jeu des éléments ( Maclean    parle d’explosion des feux, d’abord isolés puis se réunissant),    on a à la fois une explication mais aussi, comme en creux, les leçons    qu’il faut tirer de cette catastrophe pour qu’elle ne se reproduise    plus : un briefing confortable et « démocratique » pour que le peloton    se constitue en équipe soudée avant d’entrer en action ; des cadrages    alternatifs pour envisager toutes les façons dont peut se présenter    le feu à combattre ; des systèmes préalables de communication entre    les membres dispersés du peloton ; un accord sur les rôles à remplir    par le chef et son adjoint….etc. Se dégage effectivement de ce retour    d’expérience par le romancier commenté par le psychosociologue une    marche à suivre, une grammaire, présentée ici de façon incomplète,    une ébauche, mais qui indique bien comment peuvent se constituer les    éléments d’une bibliothèque de résolution de problèmes. Bibliothèque    qui, remplie, permettrait, comme le veut le modèle du bibliothécaire-voyageur    de Robert Damien, de doter les sciences sociales de leur <em>prudentia</em>,    de façon ouverte et systématique.<sup>7</sup> Le modèle du bibliothécaire-voyageur    éclaire la <em>prudentia</em> nécessaire à la connaissance du comment    agir de la façon suivante : la bibliothèque accueille tous les livres,    sans distinction. Or ces livres, et en particulier les récits de voyage,    sont  remplis de récits et de jugements de voyageurs. Ils sont    pleins d’expériences subjectives et objectives, vécues, rêvées,    fantasmées ou déduites.  Et ils regorgent d’exemples singuliers    de résolution de problèmes. Une analyse pragmatique de la bibliothèque    devrait donc permettre de guider l’accent du monarque, fut-il roi    ou nommé par le peuple. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Mogadiscio,  17 Juin 1993</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">La bibliothèque  est aussi évoquée par le Lieutenant Colonel Goya dans un article dense,  et, à mes yeux, d’une grande lucidité<sup>8</sup>. Il faudrait recopier  une page entière de la conclusion qu’il propose à l’examen de  l’action du Colonel de Saqui de Sannes, à Mogadiscio entre le 9 et  le 18 Juin 1993 :</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>« En général  un cerveau peut  rarement manier plus de sept objets à la fois.  La différence entre les individus se fait sur la capacité à manier  une autre mémoire, à plus long terme, une sorte de disque dur dans  lequel est stockée l’expérience acquise. Un champion d’échecs  possède en stock plusieurs milliers de parties, jouées ou apprises  par cœur. Il puisera dans cette « bibliothèque » afin de repérer  des analogies avec des situations connues, et de dégager très vite  les options possibles. Le chef au combat raisonne de la même façon,  rassemblant des éléments enfouis dans sa mémoire tactique pour les  adapter à un contexte par ailleurs beaucoup plus flou et incertain  que sur un échiquier. Les modes d’action qui surgissent ainsi, tout  armés, dans le cerveau du chef, pour être confrontés aux critères,  sont donc souvent des analogies  avec des situations vécues.</em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>(..) Si cette  banque de données n’existe pas, et/ ou, si le chef n’a pas la capacité  d’y accéder rapidement, à cause d’une inhibition due au stress,  la pression cognitive augmente très vite et aboutit à l’impuissance.  Ce phénomène intervient fréquemment en cas de surprise. Il est donc  indispensable que le chef, quelque soit son niveau ait  « accumulé  des parties » pour acquérir les réflexes tactiques. Le jeune Bonaparte,  à Brienne apprenait par cœur les batailles des deux siècles passés. »</em><sup><em>9</em></sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Comme nous l’avons  déjà indiqué, ce commentaire méthodologique de M. Goya vient en  conclusion d’un article relatant l’action du détachement français  de l’Unisom le 17 Juin 1993. Le 5 Juin, un contingent pakistanais  de la même force de l’ONU avait subi de la part de la milice du Général  Aided, une perte de 24 hommes. La décision fut prise par le commandement  interarmes de mettre cette milice hors d’état de nuire. Le 16 juin,  le contingent français sous les ordres du colonel de Saqui de Sannes  reçut l’ordre de venir le lendemain en appui des contingents marocains  et pakistanais qui cherchaient à investir le quartier tenu par cette  milice. Le désormais  général de Saqui de Sannes fait un récit  circonstancié des opérations de ce jour là, qui s’acheva sans aucune  perte française, récit commenté brièvement par le Lieutenant Colonel  Goya. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Nous allons présenter  ces commentaires sous la même forme que celle utilisée pour le cas  du ravin Mann :</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Hasard </strong>: </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Cette fois-ci le  hasard fut bienveillant : le Colonel de Saqui de Sannes l’indique lui-même :  devant permettre aux marocains de se dégager, il choisit une position  au dessus et  nord de leur position. Mais, pour y accéder, il  faut passer par l’axe des renforts du Général Aided : <em>« Avec un  peu de chance, quelques rafales de mitrailleuse et beaucoup de vitesse,  on s’en est sorti sans mal »</em>(p.78)</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Cadrage</strong> : </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">L’ennemi était  repéré, on savait qu’il était déjà engagé puisque c’est une  mission de dégagement du contingent marocain qui était confiée au  groupe d’intervention français, et la force de l’ennemi, ainsi  que ses ruses (faire agir la foule, puis se retirer et à ce moment  là, attaquer) étaient prévues. De plus, <em>« Je connaissais bien  le terrain, et nos alliés » </em>(p.77)</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Coordination</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le chef du détachement  français prend avis de son adjoint avant de commencer sa manœuvre,  ensuite il reste en contact radio avec les différents groupes sous  ses ordres à qui il a donné des consignes précises et circonstanciées.  Quand un des groupes est sérieusement accroché, il évalue la nécessité  de lui venir en aide. Il décide de ne pas le faire, jugeant que ce  groupe « pourra tenir », et ce fut le cas.</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Commandement</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le Colonel de Saqui  de Sannes reste très attentif à l’état d’esprit de ses hommes,  quand il sent la fébrilité monter, il tente de les calmer, quand un  accrochage se termine par la mise hors de combat d’un de ses hommes,  il rassure les autres,  et à raison : ils ont été plus choqués  que blessés . Même si par moments il perd la notion du temps et a,  une fois, l’impression de ne plus pouvoir commander : « <em>Je me suis  imposé de rester toujours très calme à la radio pour aider à contrôler  les stress de tout le monde, y compris le mien » </em> (p.79)</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Critères d’action</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"> Le Colonel avait quatre critères  d’action en tête au moment où il faisait faire mouvement à sa troupe : </font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Limiter les pertes    amies ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Limiter les pertes    de la population civile ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Maintenir     la cohésion psychologique de son groupement ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Maintenir sa liberté    d’action.</font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">De ces quatre critères, le  second était le plus difficile à tenir. En effet, des tireurs isolés  de la milice Aided se protégeaient en se mettant au milieu de femmes  ou d’enfants. Par exemple en tirant d’une fenêtre et, aussitôt  après, dans cette même fenêtre, surgissait une tête de femme ou  d’enfant. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Quant au troisième critère,  il suppose à la fois que les hommes conservent leur sang-froid et qu’une  opération innécéssairement risquée ne vienne pas, par des pertes  trop nombreuses, effondrer le moral des hommes. Le quatrième critère  supposant que l’on ne fouille pas les maisons l’une après l’autre,  puisque cette opération engluerait les troupes et qu’elle ne peut  être faite si l’ennemi n’est pas désarmé. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>La grammaire d’action </strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">L’analyse de ce cas conduit  le Lieutenant-colonel Goya à énoncer un autre précepte de commandement  qui devrait entrer dans toute grammaire d’action : </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">« <em>Il apparaît essentiel  que le décideur soit présent au milieu des combattants. Le chef à  l’arrière est souvent plus stressé que celui qui se trouve au cœur  des combats. La pression cognitive est forte, car il manque d’informations,  et son besoin d’action se concrétise souvent par des demandes incessantes  de compte-rendus. (…) Rien ne remplace l’appréhension directe de  la situation.(..).</em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>La comparaison avec l’opération  américaine (..) est à cet égard intéressante. Le commandant de l’opération,  le général Garrison, commande à distance, par l’intermédiaire  d’hélicoptères munis de caméras vidéos. Lorsque les évènements  commencent à mal tourner il se produit un certain flottement entre  les troupes qui pensent que le haut comprend ce qui se passe et le général,  qui ne « sent » pas tout de suite la tournure des choses. Ce décalage  est suffisant pour que les miliciens viennent de toute la ville pour  affronter les Américains qui ne sont protégés par aucun blindage.  Les Américains déploreront 18 morts et plus de 60 blessés, là où  les Français n’auront eu que quatre blessés</em> »<sup>10</sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Il est maintenant  temps de présenter notre concept. Concept qui devrait nous aider à  comprendre de façon synthétique les erreurs du premier exemple et  la réussite du second. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Grammaires </strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Qu’appelons nous  des grammaires ? </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le terme grammaire  a quelque chose de métaphorique surtout quand on parle d’action mais  il faut bien prendre en compte les avancées considérables introduites  par le petit livre d’Austin « Quand dire c’est faire » qui a bien  démontré que la parole, dans le dialogue, pouvait être étudiée  comme une action. Or c’est bien la grammaire qui permet d’articuler  les paroles de telle façon que la phrase émise par un locuteur soit  compréhensible par lui-même et par les autres. C’est bien la grammaire  qui organise la diffusion d’une parole, sa compréhension. Elle est  bien au cœur de l’intercompréhension.<sup>11</sup> Or la grammaire,  nous dit le petit Robert est <em>« L’ensemble des règles à suivre  pour parler et écrire correctement une langue, ainsi que l’étude  systématique des éléments constitutifs de cette langue : sons formes  et procédés »</em> La grammaire se divise alors en étude des formes  et des fonctions par la morphologie et la syntaxe, mais comprend aussi  la phonétique, la lexicologie, la sémantique et la stylistique, c&#8217;est-à-dire  toutes les manières et variations sur le faire. Il n’est pas, alors,  absurde d’utiliser ce concept métaphoriquement et le Robert nous  dit qu’il l’est pour la composition de la musique ou la peinture,  pour lesquels l’usage est admis. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Pourquoi utiliser  le terme grammaire ?</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">D’abord, l’usage  de ce terme dans ce séminaire a été légitimé par Clausewitz, qui  l’utilise dans son fameux chapitre 6 du huitième livre de <em>De La  Guerre</em> dans lequel il énonce que la uerre est un instrument de  la politique. Par ailleurs, sauf à être pédant, mais dans le cas  présent le but est d’être clair, on remontera à la distinction  aristotélicienne entre Sciences <em>‘(episteme)</em>,  Arts (<em>techne)</em> et  Prudentia : les premières répondent à la question pourquoi,  la seconde  et la troisième à la question comment. Ce qui distingue  les deux  réponses à  « comment ? » c’est que les unes sont certaines ‘(pour  couper, il faut un instrument contondant, pour avoir chaud, il faut  une source d’énergie) et Aristote les appelle Techne ou arts. Mais  d’autres dépendent  de beaucoup de contingences et de contextes  différents. Les <em>Prudentiae</em>  sont difficiles à enseigner,  puisqu’elles reposent sur l’expérience sensible et l’emmagasinement,  individuel ou collectif  de cette expérience. Mais « Comment ? »  ouvre  la science à la fois à la certitude et à la contingence.   Car <em>prudentia</em> invite à deux types d’action bien distincts :   agir en s’assurant que la plupart des risques sont absents ou neutralisés,  c’est dans ce sens que nous entendons les différentes <em>prudences</em>  dont nous entourons nos actes : définition de procédures, normes de  conduite, principes de précaution, assurances de  tout type. L’autre  façon de faire est l’<em>action incertaine</em>,  le fait d’affronter  des risques.  </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le postulat que  nous posons à partir d’une vision interactionniste de la vie collective  est que la conduite de ces actions incertaines est alimentée indirectement  par les savoirs établis, rationnels, scientifiques et enseignables,  mais est alimentée directement par l’accumulation d’expériences  individuelles, sensibles et singulières.<em> Pour devenir transmissibles  et enseignables ces expériences doivent donner naissances à des grammaires  qui mettent en ordre ce  stock d’expériences. </em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Quelles grammaires ? </strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Notre collègue  Frédéric de Coninck<sup>12</sup> a très judicieusement étudié l’art  de la <em>prudentia</em>. Pour l’aborder il rappelle une distinction  déjà présente dans les travaux de plusieurs pragmatistes américains,  au rang desquels on trouve Charles Pierce et George Herbert Mead. Ce  dernier nous dit, dans son livre le plus renommé, <em>L’Esprit, le  Soi, la Société</em>, que la société se comprend grâce à l’étude  du cerveau humain. En effet, ce cerveau comprend deux hémisphères  antérieurs, le premier qui accumule, stocke et range des informations,  le second qui les utilise pour les créer et les transformer par une  action créative. Parmi les informations, stockées dans le premier  cerveau, il y a les règles de comportement, les lois , bref, les réponses  au « comment ». Mais ces réponses, dit Frédéric de Coninck, sont  de deux sortes : les unes peuvent être écrites, consignées, apparaître  dans des règles de droit ou des manuels, enseignées. Alors que les  secondes sont avant tout de transmission orale. Cette différence entre  l’oral et l’écrit est faite à partir d’une lecture de Peirce  par Habermas, en particulier dans le livre de ce dernier « <em>Connaissance  et Intérêt</em> ».</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"> Sans nier l’importance  de cette distinction, nous avons l’impression de venir à quelque  chose d’encore plus fondamental en retournant à G.H. Mead et à ce  qu’il appelle l’acte social. Cet acte social, dit-il «<em> est possible  en dehors de toute forme de conscience. (..) L’acte social comprend  l’interaction de différents  organisme,. (..)  l’adaptation réciproque de leurs conduites dans l’élaboration  de leur relation. Nous sommes alors en présence d’une situation dans  laquelle certaines parties de l’acte deviennent un stimulus pour l’autre  organisme qui ajuste ses réponses ; lesquelles , à leur tour, deviennent  un stimulus , qui modifie sa propre action ou en amorce une différente. »</em><sup><em>13</em></sup><em>.</em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">En somme, pour  Mead, dans l’acte social fondamental qu’est l’interaction, les  protagonistes de celle-ci se constituent, par expérience, deux types  de grammaire qu’ils articulent dans un troisième moment : </font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">une grammaire d’interprétation    de ce que l’on voit, interprétation de la situation dans laquelle    on croit être, étant donné ce que l’on observe et étant donné    ce que l’on a appris  par ailleurs sur le contexte dans lequel    il faut agir, par divers modes d’information et de lectures d’indices.    C’est ce que nous appelons aussi l’opération de cadrage d’une    situation.</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Une grammaire d’action    qui réponde à l’interprétation que l’on s’est faite de la situation.    Etant donné celle-ci, il convient d’agir de telle ou telle façon. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Là où le travail    de Frédéric de Coninck est précieux, c’est quand il montre le travail    d’exécution le plus simple contient ces trois opérations : cadrer    une situation, planifier même inconsciemment une action et agir. La    différence entre l’écrit et l’oral est la longueur du temps de    planification et, aussi, sa préparation. En somme la longueur de sa    boucle de rétroaction. Quand cette boucle est longue, comme par exemple    dans l’enseignement, ou la création d’une bretelle d’autoroute,    la planification prend une importance et un temps considérables. Quand,    par contre, la boucle de rétroaction est immédiate, comme dans un    combat de boxe ou une attaque au fleuret, les grammaires d’interprétation    et d’action doivent être pour ainsi dire réflexes, tellement incorporées    qu’elles semblent jouer sans que la conscience ne les contrôle ou    les programme. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Dans les exemples que nous  avons offerts au lecteur. Le premier se caractérise par une faible  expérience : en 1949 le corps des pompiers-parachutistes du Montana  avait seulement quatre ans d’existence. La création du corps, en  1945, avait été une façon d’utiliser des pilotes démobilisés  de la seconde guerre mondiale. Même si le responsable était considéré  comme le plus expérimenté de son Etat, son analyse de la situation  montre un faible <em>amarinage, </em> terme utilisé par les marins pour qualifier  le degré d’expérience  des situations de crise, lié à l’ancienneté dans un poste. Combien  faut-il voir d’incendies, combien de retours d’expériences, combien  de problèmes résolus pour avoir en tête, d’un coup d’œil, la  bonne analyse de la situation, surtout si l’on appartient à un métier  sans mémoire parce que trop jeune ? L’anecdote qui veut que, pendant  quarante minutes, une chaude après-midi, il s’arrête quarante minutes  pour déjeuner en laissant ses troupes se déployer, est significative,  pour Weick comme pour Maclean d’un manque de lucidité sur la situation. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Toute autre est la situation  à Mogadiscio. Nous avons affaire, là à des chefs ayant une grande  culture des expériences passées et qui, tactiquement, ont plusieurs  schémas alternatifs en tête, avec une grammaire de résolution de  problèmes très riche. D’autre part, la grammaire d’interprétation  est bien alimentée par l’expérience des jours précédents, et bien  mise en œuvre par la présence effective du chef dans la situation.  Elle n’est pas analysée à travers de filtres, ou à distance, mais  en relation proche et directe. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>II Usage de ces exemples</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Il est maintenant temps de  tester la pertinence de notre conceptualisation et de nos exemples pour  la compréhension de certains éléments de la vie civile. Pour cela  nous reprendrons la distinction entre réduire les risques et les affronter.</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Grammaires de  l’action médiate : réduction des risques grâce au rôle de l’ingénieur  juriste</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Il existe,  dans  les entreprises et les administrations, des spécialistes dont la fonction  est d’analyser et cartographier des processus, de les reconfigurer  en fonction de deux impératifs : a) qu’ils correspondent bien au plan  stratégique de la direction générale et b) qu’ils soient robustes  et économes. Ces activités ont pour objet la prudence, c’est-à-dire  la réduction des risques. Les spécialistes qui les mettent en œuvre  ne font rien d’autre que de mettre en place des méthodes fixes de  résolution de problèmes, adaptées aux plans stratégiques. Ils créent  des déontiques, ce qui fait d’eux des « ingénieurs juristes ». Ingénieurs  par le caractère rationnel, économique et robuste des processus qu’ils  font fonctionner, juristes car  les façons de faire de l’ingénieur  consistent à penser les activités en termes de processus auto-correctifs,  donc de planifier l’action en passant par les stades suivants :</font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">décrire ces activités    et les mettre en schéma ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">configurer les activités    de façon à  rendre les processus  plus simples, unilinéaires    et robustes possible ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">installer des métriques    et des boucles de rétroaction autocorrectives le long du processus    de façon à ce qu’il ne se dégrade pas ; </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">les protéger des    aléas extérieurs et intérieurs à l’organisation ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">les tester ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">les simplifier ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">les tester encore ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">les faire fonctionner    de façon répétitive. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Ce développement  des façons de faire d’ingénieur dans des domaines qui échappaient  autrefois à sa compétence se doublent d’une activité que nous pouvons  sans sourciller nommer juridique. Car qu’est-ce que le droit sinon  « <em>l’art de distinguer ce qui doit être fait et ce qui ne peut  pas l’être (..)Comme norme, elle donne l’angle absolu qui fournit  à un édifice, qu’il soit physique ou social, la cohésion qui assure  sa stabilité »</em><sup><em>14</em></sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Cette norme, pour  devenir effective, suppose la fixation d’une même unité de pesage  donc la mise en place de mesures, barèmes de proportionnalité, etc.  </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Par ailleurs le  droit présente dans sa démarche deux parties : une partie historique  et géographique : la connaissance des mœurs et des usages que la norme  va mettre d’équerre, que l’on appelle par antiphrase <em>droit positif</em>  et une partie universelle, le <em>droit normatif</em>, qui est, lui, appliqué  sans distinction de lieu et de temps.</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"> Cet instrument  de prudence, ce produit de l’ingénieur- juriste, qui permet d’anticiper  et régulariser l’action d’autrui en l’insérant dans des directives  à suivre, des routines à respecter ou des innovations à introduire,  avec son système de palpeurs métriques et ses boucles de contrôle,  ne suppose aucun changement soudain, aucune situation d’urgence. C’est  une fille de l’Organisation scientifique du travail, mais  dans  une économie dominée par des services ou des séries de production  courtes qu’il faut adapter aux exigences du client. La passion, l’émotion,  l’urgence, le stress en ont  été éloignés. </font><br />
<font face="Times New Roman" size="3"><strong>Grammaires de  l’action immédiate : comment affronter les risques ?</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">La passion, l’émotion,  l’urgence et le stress vont se retrouver dans <em>l’action de caractère  aléatoire</em>, en particulier l’art d’affronter les risques. Ici,  il faut des règles et une planification mais l’action idoine, l’action  pertinente suppose deux vertus : </font></p>
<ol>
<li><font face="Times New Roman" size="3">que l’on ait bien    compris sur quelle scène va se dérouler l’action, ce qui suppose    un cadrage adéquat, une définition correcte de la situation dans laquelle    se trouvent les différents protagonistes de l’action ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">que l’on sache    appliquer des règles d’action,  mais aussi les exceptions à    celles-ci, exceptions dictées par la présence des logiques des différents    protagonistes sur la scène où l’on intervient. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">C’est, je répète,    le grand mérite de Frédérick de Coninck, que d’avoir démontré    l’existence d’une part de <em>prudentia</em> tout au long de la pyramide    de commandement industriel. </font></li>
</ol>
<ul><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Grammaire d’interprétation :  Comment cadrer son action ? </strong></font></ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">C’est peut-être ici que  la réflexion sociologique, rejointe par les prémices de l’Art de  la Guerre, peuvent nous être utiles :. Nous faisons en effet appel à  un sociologue oublié, Kenneth Burke, pour poser le tableau qui pourrait  conduire à une définition du bien cadrer : </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>“ Les formes premières  de pensée (basic forms of thought) qui, en accord avec l’existence  du monde tel que chacun l’expérimente, se manifestent dans la façon  que chacun a d’attribuer des motifs à autrui. Ces façons de penser  sont aussi présentes dans les structures métaphysiques systématiquement  élaborées, dans les jugements légaux, dans les travaux scientifiques  et politiques, dans les nouvelles des journaux et dans les conversations  familières. </em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>Tout  énoncé exhaustif, à propos des motifs d’autrui, va chercher à  répondre de quelque manière à une de ces cinq questions : que s’est-il  passé (</em><strong><em>L’acte</em></strong><em>), où et quand celà s’est-il  produit (</em><strong><em>la  scène</em></strong><em>), qui l’a fait (</em><strong><em>l’agent </em></strong><em>),  comment s’y est-il pris (“ </em><strong><em>l’ agency</em></strong><em> ”),  et pourquoi (le </em><strong><em>propos</em></strong><em>)  (..) </em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>En  utilisant &#8220;scène&#8221; dans le sens d&#8217;un arrangement ou d&#8217;un décor  et” acte&#8221; dans le sens d&#8217;action, on pourrait affirmer que &#8220;la  scène contient l&#8217;acte&#8221; et , si on donne à &#8220;agent&#8221;   le sens d&#8217;acteur ou actant, on peut aussi affirmer que &#8220;la scène  contient l&#8217;agent&#8221;. C&#8217;est  un des principes du drame que   la nature des actes et des agents soit cohérente avec la nature de  la scène. Les oeuvres comiques ou grotesques qu , de façon délibérée,  détruisent cette correspondance  (..)ne font que réaffirmer son  existence en la transgressant&#8221;  (</em>K. Burke 1945/ 1969 p.  XVII &amp; XXII.)</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><em>&#8220;Bien sûr (..) le  concept de scène peut être élargi ou rétréci (..) Tout changement  de la circonférence dans laquelle un acte est observé implique un  changement correspondant dans la vue que l&#8217;on peut avoir du genre de  motivation qui l&#8217;a produit. » </em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le problème qu&#8217;essaie d&#8217;aborder  Burke est celui de l&#8217;organisation de l&#8217;expérience à travers la perception  de soi et d&#8217;autrui. Selon lui, une mise en ordre de la réalité perçue  s&#8217;imposerait. Sinon les multiples niveaux de signification  qui  s&#8217;engagent dans l&#8217;activité des hommes  brouillerait l&#8217;entendement  : &#8220;<em>Le  théâtre n&#8217;est pas employé (par nous) comme une  métaphore mais comme une forme fixée qui nous permet de découvrir  quelles implications les termes &#8220;acte&#8221; et &#8220;personne&#8221;  peuvent effectivement revêtir »</em><sup><em>15</em></sup> </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">En  somme, cadrer correctement son action  est à plusieurs niveaux : à  celui de la scène se pourrait être les réponses pertinentes aux questions  suivantes : où suis-je ?, Où sont mes forces ? Combien sont-elles ?   Où est l’ennemi ?, Quelles sont ses forces ? etc., mais au niveau des  acteurs : quelle est la situation ? Où sont les autres acteurs ? Où sont  les responsables ?  Au niveau de l’agency : comment agir ? Quelles  sont les consignes qu’ont m’avait donné à appliquer dans ce cas?  Que font les autres ? ..etc.  </font></p>
<ul><font face="Times New Roman" size="3">Quitte à être redondant,  c’est ici qu’il faut rappeler les deux auteurs qui guident, depuis  le début, notre séminaire : </font></ul>
<p align="justify">  <font face="Times New Roman" size="3">Mélangeant  savoir formalisé et expérience, le postulat de Clausewitz met en scène  une autre forme de connaissance que la connaissance académique, distante,  formalisée et à vocation universaliste. Cherchant à établir un traité  qui résume les enseignements humains sur la guerre, Clausewitz énonce  les caractéristiques de l’action dans ce milieu où pèse l’urgence  et la nécessité : <em>“ Dans la guerre, tout est très simple; mais  la chose la plus simple est difficile. Les difficultés s’accumulent  et entraînent </em>une friction<em> que personne ne se représente correctement </em> s’il n’a pas vu la guerre<em>. (..) en guerre, tout baisse de niveau  par suite d’innombrables </em>contingences secondaires<em> qui ne peuvent  jamais être examinées d’assez près sur le papier.  (..)Tout  s’y compose d’individus, dont chacun conserve sa propre friction  sous tous ses aspects.. (..). Ce frottement excessif (..) se trouve  donc partout en contact avec le hasard : il engendre alors des phénomènes  imprévisibles. (..) </em>L’action en guerre<em> est un mouvement qui  s’effectue dans un milieu aggravé par les difficultés. (..)Voilà  pourquoi le véritable théoricien apparaît comme un professeur de  natation qui fait faire sur terre ferme les mouvements qu’il faut  exécuter dans l’eau. (..) »</em><sup><em>16</em></sup> </font></p>
<p align="justify">  <font face="Times New Roman" size="3">Clausewitz  s’inspire explicitement d’auteurs qui le précèdent, parmi ceux-ci  Machiavel. En témoigne la lettre qu’il envoie à Fichte pour le féliciter  de son essai sur l’auteur du Prince, lettre importante puisque Clausewitz  y distingue le théoricien de la guerre, qu’il tient en piètre estime,  et Machiavel analyste de l’art de gouverner qu’il considère comme  son maître à penser. <em>“Aucune lecture n’est plus nécessaire  que celle de Machiavel, ceux qui affectent d’être révoltés par  ses principes ne sont que des petits maîtres qui prennent des airs  d’humanistes. (..) Certaines pages de cet écrivain ont vieilli, d’autres  sont d’une vérité éternelle. Frédéric II a écrit son Anti-Machiavel  mais il est resté le disciple de Machiavel ; s’il a feint de le condamner,  c’était pour s’attacher à lui plus à son aise, et Voltaire a  très justement dit  qu’il a craché dessus pour en dégoûter  les autres”</em><sup><em>17</em></sup></font></p>
<p align="justify">  <font face="Times New Roman" size="3">Or  une des leçons de Machiavel, est celle du caractère caché des ressorts  de l’organisation humaine, et de la difficulté morale et cognitive  que l’on éprouve à dévoiler ce qui existe derrière les façades  lisses de l’apparence. </font></p>
<p>  <font face="Times New Roman" size="3">Pour ces deux auteurs,  affronter des risques suppose que l’on tire des leçons des expériences  passées, ces expériences pouvant être personnelles, immédiates,  sensibles, donc assez largement difficiles à transmettre sauf sous  forme de récit, de narration de cas. C’est l’accumulation de ces  cas, de ces expériences vécues ou retracées qui peuvent constituer  ce que nous appelons une grammaire d’action, c’est-à-dire des règles  de conduite, des voies à suivre pour affronter les risques. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Puisque les expériences  sensibles sont difficilement cumulées, et ne peuvent l’être qu’en  gommant ce qu’elles doivent aux circonstances. Elles donnent, cependant,    lieu à  des connaissances ordonnées et, ainsi,  aident à organiser  l’action. Nous appelons le résultat de cumulations qui montrent comment  atteindre un même but, des <strong><em>grammaires, </em></strong>  puisqu’elles comportent une <em>syntaxe</em>, c’est à dire des méthodes  de mise en ordre des actions, des <em>paradigmes</em> qui permettent de  les adapter aux cadrages idoines,   une <em>morphologie</em> soit des  déclinaisons de ses méthodes dans des cas particuliers,  permettant  de poser et résoudre des catégories de problèmes, enfin elles supposent  aussi  des <em>exceptions</em> qui sont dictées par le caractère supposé  opportun  ou bénéfique de l’application du plan ou de la règle.<sup>18</sup> </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Leçons de ce qui précède :</strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Avant de présenter ces leçons  immédiates, présentons un instant celles que douze ans de recherche  sur les organisations, et leurs défauts inconscients nous ont appris :</font></p>
<ol>
<li><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Une réalité    feuilletée</strong></font></li>
</ol>
<p><font face="Times New Roman" size="3">L’action contre le feu ou  contre un ennemi a cette particularité que, même complexe, elle n’a  qu’un but, empêcher que le feu ne s’étende, désarmer l’ennemi.  La vie civile est certes plus complexe, multiforme et multiniveaux.  Par ailleurs, les deux exemples que nous avons présentés méritent  bien de s’appeler ainsi, puisque ce qui se passe dans des situations  d’exception répète, sous des contraintes plus fortes, les décisions  à prendre et les modes de commandement dans les organisations du monde  économique ou administratif. Ce qui change avec les situations d’extrême  violence, c’est la proportion de prudence qui est plus grande , mais  l’art, c’est-à-dire l’affrontement du risque n’en demeure pas  moins présent, ne serait-ce que sous forme potentielle. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Or, dans les travaux que nous  avons mené<sup>19</sup>, nous avons pu observer que les cadrages, c’est-à-dire  les usages des interprétations de la scène, de l’acte et de l’agence,  variaient à l’intérieur d’une même organisation, et nous avons  été très intéressés de voir que des philosophes, comme Husserl,  Merleau Ponty ou Sartre avaient exploré ce territoire bien avant nous  et pouvaient nous éclairer. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Sartre car la relation  dialectique  établie par lui entre projet et pratico-inerte, et  les exemples qu’il  avance dans « Questions de méthode » et  dans le corps de la <em>Critique de la raison dialectique</em><strong> </strong> démontrent comment plusieurs niveaux, ayant leur autonomie relative,  construisent la réalité historique. Point de vue qui le conduit à  juger le refus de tenir compte de ces niveaux et la volonté de les  unifier dans une même explication totalisante comme « reflétant la  pratique unificatrice des bureaucrates »<sup><em>20</em></sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le résultat de  nos recherches conforte les intuitions de l’auteur de <em>l’Etre  et le Néant</em>, mais étend aussi le nombre de ceux qui, tentés par  la totalisation, négligent les niveaux d’échelle.<sup><em>21</em></sup> </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Toutes proportions  gardées, on trouve dans les dernières œuvres de Husserl, le maître  à penser de Sartre, la même préoccupation de distinguer des niveaux  de réalité, juger de leur cohérence, voir comment ils apparaissent  aux yeux d’un tiers et par quel procédé génétique ils  se  trouvent en co-présence. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Husserl distingue  quatre niveaux de réalité :  « la praxis corporelle et le niveau solipsiste<sup><em>22</em></sup>   des corps et des mouvements ; praxis intersubjective et empathie réciproque  de multiples acteurs ; praxis sociale et monde communautaire ; praxis  humaine et monde universel. »<sup><em>23</em></sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Mais n’est-ce  pas chercher des universaux que de prétendre toujours et partout retrouver  les quatre niveaux de réalité avancés par Husserl ? En réalité les  micro-historiens italiens nous donnent une belle leçon à cet égard   puisque leur façon de pratiquer consiste à varier constamment de niveau  d’échelle dans leurs recherches mais et à utiliser dans chacun des  méthodologies adéquates au recueil d’informations et  une interprétation  consistante de leur contenu. <sup><em>24</em></sup></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Les niveaux n’ont  pas la même importance dans chaque cas étudié. Pour pouvoir utiliser  les barreaux d’échelle à bon escient il convient donc de saisir  la singularité de l’organisation étudiée. Pour cela il faut introduire  une conceptualisation prudente traitant des singularités de chaque  situation mais aussi de leurs caractères communs.</font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>B)  Importance du retour d’expérience  et des méthodes de résolution de problèmes. </strong></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Le second point  que les travaux en sociologie appliquée nous ont permis de comprendre,  est la supériorité du retour d’expérience sur le questionnaire,  la déclaration ou l’entretien pour comprendre ce qui se passe sur  la scène. On appelle ainsi les récits et réclamations émis par des  usagers et qui permettent aux organisations de connaître leurs défauts,  en tous les cas ceux ressentis par leur clientèle. Ces retours d’expérience  permettent de saisir quels sont les défauts majeurs que l’on peut  développer dans l’action. Ces défauts sont divers, ils peuvent être : </font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">des défauts de    cadrage de l’action. En d’autres termes, des défauts d’utilisation    des grammaires d’interprétation de la situation dans laquelle on    doit agir ;</font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">viennent ensuite    des défauts de doctrines ou de critères : même si l’action est bien    cadrée, étant donné l’opportunité ou la circonstance, les critères    choisis risquent de rendre le résultat espéré inaccessible. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Puis arrivent les    défauts de coordination : les organisations vivent sur de nombreux malentendus.    Si ces malentendus subsistent au cours de l’action, la catastrophe    peut surgir. Une coordination rapide peut réparer les bévues dues    aux malentendus ; </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">enfin des défauts    de commandement : on sait que dans une situation de danger ou d’urgence,    le calme et la pédagogie font baisser le niveau de pression cognitive    et l’on sait qu’une trop forte pression paralyse le cerveau. Par    ailleurs , comme nous l’enseigne Robert Damien , le chef est celui    qui aide sa troupe non seulement à rester unie mais aussi à se dépasser,    à voir le sens de la marche et avancer dans cette voie en ordre et    en concertation. En somme, comme nous le disent les anglo-saxons, le    bon chef est celui qui <em>empower</em> ses troupes, et qui les considère    en même temps comme une réunion d’individus et comme un système. </font></li>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Il en est de même    pour la surprise. Pour répondre rapidement à la surprise, ne pas rester    abasourdi, il faut avoir en tête une bibliothèque de coups à jouer,    comme le champion d’échecs a un millier de parties en tête. Ou Napoléon    apprenant par cœur, à Brienne, les batailles des deux siècles passés.    La bibliothèque est aussi nécessaire pour les <em>prudentiae</em>, que    pour  l’art ou la science, pour la prudence car, au moins dans ma    discipline, ses éléments sont dispersés. Il faudrait les classer    en taxinomies diverses pour les présenter au public des étudiants,    mais cela  a, à ma connaissance, rarement été fait. En fait    les bibliothèques les plus utiles seraient celles qui porteraient sur    les théories situées, et qui aideraient à comprendre le rôle respectif    de <em>prudentia</em> et de<em> techne </em>   dans la résolution de problèmes. Par exemple, plus on s’ouvre aux    autres et plus on se ferme sur soi. La globalisation des échanges et    les facilités de déplacement que nous connaissons sont conjuguées    avec un nombre de portes et de contrôle de ponts absolument considérables :    présence sur une listes, badges, empreintes de reconnaissance, signature    infalsifiable par l’iris de l’œil, sont la vie quotidienne de beaucoup    de personnes. Est-ce que cela met en cause les théories de Pareto et    Simmel sur les métaphores de la porte et du pont. Je prétends que    non, quelques soient les études sur la question elles ont toujours    à trouver dans la consultation de ces thèses du XIX° Siècle en les    rendant compatibles avec les descriptions de ce siècle-ci.</font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Par exemple, les  murs des usines, les dispositions des ateliers et des bureaux, les ponts  qui  relient les espaces, ainsi que les portes qui les isolent  partiellement ou occasionnellement, font partie des méthodes de diminution  des risques par le cadrage spatial de l’action. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">En somme, le retour  d’expérience est enseignement s’il est rapporté à la bibliothèque,  mais dans celle-ci, à l’instar du contrat qui doit s’adosser à  la loi pour faire sens, il doit être éclairé par le cadrage qui décidera  s’il faut le traiter du côté de la prudence ou de celui de l’art. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3"><strong>Conclusion</strong>. </font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">A partir de deux exemples dont  l’un est analysé par un psychosociologue des organisations et l’autre  par un spécialiste de la tactique, nous avons pu démontrer la possibilité  , pour des grammaires d’interprétation et d’action, d’exister.  Si, retournant dans notre boutique, nous voudrions que la Sociologie  sorte, non de sa tour d’ivoire, mais du souterrain dans lequel elle  se complaît, il faudrait que, comme les autres sciences, elle permette  non seulement de poser des problèmes, de les diagnostiquer, mais aussi  de trouver le meilleur chemin qui permet de les résoudre. C’est en  ce sens que <em>La Première Décade de Tite Live</em> de Machiavel  est  un merveilleux livre de sociologie : il nous montre le chemin qui conduit  à la fabrication du <em>Prince</em>. Il est l’œuvre du Machiavel bibliothécaire  –voyageur qui conduira à la fabrication du guide d’action qu’est <em> Le Prince.</em></font></p>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Car, pour en arriver  à ce que la sociologie produise des grammaires d’action et d’interprétation,  il faut deux choses : </font></p>
<ol>
<li><font face="Times New Roman" size="3">des modèles pour    interpréter une situation en urgence et agir en conséquence. Or ces    modèles ne peuvent pas provenir des savoirs certains : la science ou    la technique. Ils s’appuient sur eux, mais doivent développer leur    propre logique. Ces modèles sont présents dans les traités de l’art    de la guerre et l’art de gouverner. </font><font face="CG Times" size="3">Ce    modèles sont bâtis à partir des leçons de l’histoire. Ils  supposent     de se plier à deux mouvements différents : croire en une<strong> </strong>   certaine stabilité de la raison et de la passion humaine et éviter    les pièges de l’anachronisme, respecter le<strong> </strong>   contexte dans lequel les faits historiques sont apparus<strong>.</strong></font></li>
<li><font face="CG Times" size="3">et jouer de la structure    et de l’évènement comme deux moments distincts, et en tension, du    déroulement du temps.</font></li>
</ol>
<p align="justify">  <font face="CG Times" size="3">Machiavel  est sans doute le premier à avoir pensé qu&#8217;une politique rationnelle  devait être fondée sur une connaissance rationnelle de l&#8217;histoire.  Entre la perspective d’une chronologie structurée et irréversible,  dans laquelle les princes doivent agir d’une certaine façon s’ils  veulent le rester, et la perspective d’une contingence dans laquelle  l’action pertinente est due à une adéquation au milieu dans laquelle  cette action se déroule, il ne tranche pas. </font></p>
<p align="justify">  <font face="CG Times" size="3">Ainsi,  pour lui, il y a des universaux : une nation peut gagner une guerre  si ses dirigeants sont légitimes, si le sort des soldats n’est pas  mauvais, si la guerre est au service d’une politique, si l’affrontement  dans le combat tient compte des forces en présence et de la nature  du terrain, s’il n’est pas guidé par un système d’attaque ou  de défense préétabli, si, dans le cas d’une défaite, la retraite  est faite en bon ordre… etc. Tant de conditions occupant tous les  niveaux d’échelle entre le combattant et la politique des dirigeants  que les interprétations déterministes fondées sur un seul “principe  général” sont inenvisageables. La guerre, comme l’histoire, apparaît  ainsi comme le fruit de déterminations partielles et de hasards nombreux  au cœur desquels le sens des interactions reste ce qu’un analyste  doit décoder.</font></p>
<ul>
<li><font face="Times New Roman" size="3">Les modèles militaires,    ceux cités et beaucoup d’autres, s’alimentent de réflexions sur    des expériences historiques et en tirent des déontiques, des grammaires    d’action. On peut, de temps en temps, entrapercevoir la boîte noire,    la façon dont ces leçons sont tirées, surtout si , travaillant sur    Clausewitz, on relit, comme nous y invite Aron,  les chapitres    de Guerre et Paix qui mettent en scène Koutouzov, ou encore mieux,    les relations qu’il établit entre guerre, politique et l’exemple    de la Révolution Française. On voit bien que, dans ce cas,  c’est    en se méfiant de toute déduction hâtive que l’on peut construire    la grammaire d’action, mais il paraît clair qu’il ne faut pas seulement    croire dans le peuple russe, comme le fait Koutouzov, il faut quand    même déduire et synthétiser sur les quelques régularités incontestables    enseignées par l’expérience accumulée. Il me semble à cet égard    que les sociologues ont beaucoup à apprendre des travaux sur la gestion.    En effet, beaucoup d’outils de gestion peuvent être analysés comme    des grammaires d’action en acte. Et comme ils sont formalisés, ils    peuvent, comme en creux, nous enseigner sur l’origine des problèmes    qu’ils tentent de résoudre. </font></li>
</ul>
<p><font face="Times New Roman" size="3">Supposons que la sociologie  veuille ne pas seulement être une science du constat, ne pas seulement  permettre d’avoir raison après la bataille ou la guerre. Si, comme  le policier arrivant sur la scène du crime ou le spectateur assistant  à une scène sur un lieu public, elle cherchait à réduire d’emblée  les pistes les moins probables au regard de ses découvertes. Et les  pistes les moins probables sont souvent les plus évidentes, comme le  désir ou l’intérêt. Dans ce cas, il faudrait que les sociologues  réunissent des expériences de problèmes et de leurs solutions qui  puissent s’accumuler. Pour cela ces informations devraient être partiellement  décontextualisées. On devrait tendre, comme le fait Machiavel, à  constituer des universaux à partir du savoir accumulé par les sociologues  depuis cent cinquante ans. Je suis toujours très amusé de voir que  de jeunes sociologues découvrent ce que leurs aînés, et les aînés  de ces aînés savaient déjà. Est-ce une fatalité ? Faut-il que chaque  génération redécouvre le fil à couper le beurre ? Certes les expériences  sont singulières et les résultats des enquêtes socio sont situées  dans un espace-temps culturel, mais n’y-a-t’il pas des universaux  qui les transcendent ? Mon pari est oui. L’expérience accumulée permettrait  de repérer les problèmes récurrents ainsi que les bonnes pratiques  qui ont aidé à les résoudre. Et ceci devrait être enseigné.</font></p>
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